L'Univers de Marie Darrieussecq vu par Alexandre Isard
Photos publiées avec l'aimable autorisation d'Alexandre Isard et de Marie Darrieussecq
Legendes  inédites écrites par Marie Darrieussecq pour le site


Freud

Ce petit Freud en plastique articulé m’a été offert par Annette Messager. Je le garde dans sa boîte, comme une petite œuvre en soi. J’ai une grande admiration pour Freud, que je lis beaucoup (on peut le lire une vie durant : c’est une œuvre infinie). Freud était un sage occidental comme il y a des sages orientaux. Un mélange de génie et de bon sens, un homme intuitif et très raisonnable à la fois, un grand savant. Cette petite « action figure » qui le désacralise m’amuse beaucoup. Freud en super héros ! Freud peut changer votre vie ! Avec la barbe, le costume trois pièces, et le cigare.



Joueurs de billards

Cette scénette mexicaine m’a été rapportée par mon éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens, de retour d’un voyage au Mexique. J’aime le chien qui attend patiemment sous la table qu’une boule-crâne tombe. J’aime le miroir, aussi. Je passe tous les jours devant, c’est un memento mori rigolo. Je fais partie de la scène, et un jour moi aussi des croque-morts fantasmatiques joueront une partie de billard avec ma tête. Au Mexique, à la Toussaint, le Jour des Morts est une fête très colorée, avec des déguisements délirants, et des tas d’objets bricolés qui font paraître bien convenus les masques d’Halloween. Se déguiser, boire, danser, le carnaval et l’ironie sont des exutoires à la mort. L’art et la littérature aussi, évidemment.



Paul

Paul est mon éditeur et un grand ami. Nous nous sommes rencontrés en 1996, je lui avais envoyé le manuscrit de Truismes. C’est un portrait paru au dos de Libération, une sorte de consécration, en 1998 je pense. A côté on distingue des fleurs et des cigarettes : une de ci de là, une de temps en temps, il y en a toujours chez moi.



La disquette de Truismes

J’écris à la main, puis je tape sur l’ordinateur, jusqu’à sept réécritures. A l’époque, c’était sur disquette. J’ai gardé les disquettes de tous mes livres jusqu’au Bébé. Elles sont sur les rayons de ma bibliothèque. Ce support informatique est très rapidement devenu désuet. Il faut dire qu’il fallait deux disquettes pour contenir une seule photo, et que les romans débordaient parfois. Ensuite il y a eu les disque « zip », des sortes de super disquettes, mais ils ont disparu aussi rapidement qu’ils étaient venus. Pour m’expliquer ce qu’est une clé USB mon mari m’a dit : « tu pourras écrire toute une vie durant, tu ne parviendras pas à la remplir ».

J’aime bien le contraste hasardeux entre ces vieilles disquettes et les dos très chics, intemporels, des Pléiades. Nathalie Sarraute m’avait offert le sien. C’était une grande dame à la fois très angoissée et très malicieuse. Elle était en train d’écrire son dernier livre, Ouvrez, quand le Pléiade de son « œuvre complète » est paru. Ca la faisait rire, d’écrire encore après…



Les alphabets

J’ai plusieurs alphabets brodés dans mon bureau. Le premier date de 1899, il est de mon arrière-grand-mère. Le deuxième date de 1921 : ma grand-mère. Le troisième est de ma mère. Elles les ont brodés quand elles étaient petites filles, à l’école de la République, où on les empêchait de parler basque, et où on leur faisait entrer le français dans la tête à coup de fil et d’aiguille… Il y a aussi un alphabet peint par mon père, une planche oui-ja pour « parler aux esprits »…



Le thermos de thé

Ma drogue. Mon carburant pour écrire. J’emportais un thermos partout dans mes voyages (pas celui-ci, trop gros) mais depuis les contrôles dans les aéroports, je n’ai plus le droit !



Mon stylo Mont-Blanc

Cadeau de mon père pour mes dix-huit ans. Un des rares objets de luxe auquel je tiens. On le voit là posé une page du manuscrit de Tom est mort.



La statuette de Côte d'Ivoire

Une simple statuette pour le marché touristique. Elle m’a été offerte par un ami là-bas. Je la trouve drôle, énigmatique et jolie. Elle représente un colon méditatif et un peu ridicule. Quelque chose de faulknérien, aussi.

A côté, sans rapport, dans le fouillis de mon bureau, il y a une affichette d’un des plus beaux films du monde, Blow up d’Antonioni.



Une oeuvre de Chloé Tallot

Chloé Tallot est une jeune artiste qui a, entre autres images, revisité l’Origine du monde de Courbet. Et croyez-moi, ça fait encore scandale… Surtout au masculin… Cachez cette bite que je ne saurais voir !

http://www.chloetallot.com/

voir dans « carnets »

Au-dessus on voit la disquette de Naissance des fantômes (1998), et celle d’Iridium (1997), un roman raté que je n’ai pas voulu publier, mais que je réécrirai peut-être un jour.

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