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Site Marie Darrieussecq |
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ROMANS Difficile d'écrire son histoire lorsqu'on habite dans une porcherie et, qui plus est, lorsqu'on est devenue une truie. Car telle est l'extraordinaire aventure de la narratrice de cette fable terriblement sensuelle, qui se métamorphose sous les yeux stupides de son ami Honoré, prend du poids, se découvre une soudaine aversion pour la charcuterie, se voit pousser des seins surnuméraires, et finit, bien obligée, par quitter la parfumerie dont elle était l'hôtesse très spéciale... Tantôt humaine, tantôt animale, elle erre dans les égouts et dans les jardins publics où elle se nourrit de débris végétaux, elle met bas ses porcelets, devient l'égérie du futur président de la République avant d'être la maîtresse d'un très séduisant loup qui se nourrit de livreurs de pizzas et manquer finir sa vie dans l'assiette de sa propre mère. Derrière ces aventures porcines se profile une société aux prises avec un extrémisme obsessionnel de la vie saine mais de fait corrompue, une vaste ferme des animaux où les achats se règlent en Euro ou en Internet Card, où charlatans et fous mystiques se disputent le pouvoir. Le récit de cette modification se double donc d'un conte moral où l'oeuvre d'imagination affiche ses intentions de satire sociale. Se plaçant d'emblée sous l'égide de Knut Hamsun, de la glèbe et de la sauvagerie attenante à l'humain, la narratrice, truie endiablée, permet au lecteur de renouer avec des plaisirs de lecture qui viennent de très loin. P.O.L. Editeur ![]() Naissance des fantômes, 1998 Un mariage de 7 ans. Un mari grand et fort qui gagne l'argent du ménage, fait les courses, donne les conseils, choisit les livres, court, un mari qui fait tout. Un soir après le travail il quitte l'appartement pour acheter une baguette et ne revient pas. Naissance des fantômes raconte la réaction de sa femme à cette perte, d'abord au niveau du corps, puis au niveau de l'esprit. Comme la narratrice/ héroïne de Truismes, celle du second roman de Marie Darrieussecq est peu capable de maîtriser la dure réalité. Mais tandis que la protagoniste de Truismes est une femme simple, sans beaucoup d'éducation, chômeuse au dédut de l'histoire, la narratrice de Naissance des fantômes est privilégiée, bien éduquée et cultivée. La question se pose: pourquoi ces deux femmes sont des victimes? L'une devient truie, l'autre peut-être folle. Dans les deux romans, et surtout dans Naissance des fantômes , la mère joue un rôle important, et c'est peut-être en sondant la relation mère/fille qu'on pourrait trouver des réponses. Si Truismes a des racines dans La Métamorphose de Kafka (la mutation bien sûr, mais surtout, l'attitude de la personne qui se transforme), la relation mère-fille dans Naissance des fantômes ne va pas sans rappeler une autre oeuvre de Kafka, Le Verdict, dans lequel Georges Bendamann ne peut plus exister face au pouvoir dévorant de son père. La jeune femme dit de sa mère: "Au bout d'une heure et demi avec elle j'avais six ans, il est aisé de calculer que je perdais environ un an toutes les cinq minutes, ce qui à ce rythme m'interdisait absolument, à moins d'anéantissemnet ou de sénilité foetale, de rester plus de deux heures en sa compagnie." Ce thème mère-fille est seulement un thème parmi beaucoup d'autres qui contribue à la complexité de Naissance des fantômes. Bruce Fickett Le Mal de mer, 1999 Le Mal de Mer, troisième roman de Marie Darrieussecq, s'ouvre sur la fugue spontanée d'une jeune mère et de sa fille. Sans raison compréhensible, cette mère décide un jour de quitter Paris avec sa petite fille pour aller au bord de la mer, sur la côte basque dans la ville de Biarritz. Selon l'auteur: "Elle (la mère) ne va vers nulle part. Elle fuit, tout simplement. On peut appeler ça une dépression." Son mari, sans comprendre du tout les raisons de cette fugue, engage un détective dans le but de récupérer sa fille. Une fois l'objectif accompli, la mère, achète un billet d'avion pour l'Australie avec l'argent qui lui reste, tout en espérant y trouver refuge et oublier ses soucis sur la plage, un sanctuaire en pleine vue de la mer. C'est face à la mer qu'elle peut contempler le principe fondamental de la vie. Donc, le roman n'est pas uniquement l'histoire de sa fugue, mais il traite aussi aux questions métaphysiques qui se posent à la protagoniste: par exemple, pourquoi se trouve-t-elle là? Comment doit-elle affronter sa condition humaine? D'après Darrieussecq: "Ca calme, la mer, mais elle ne résout rien. C'est un décor pour se poser des questions. C'est très méditatif." Elle ajoute: "Personne n'arrivera à l'atteindre, personne ne prend la mer, comme personne ne prendra cette femme." Ce roman nous fait considérer, ou reconsidérer, notre raison d'être, ou même notre raison de fuir. James Estes Précisions sur les vagues, 1999 Publié à l’occasion du Mal de mer, ce court texte est la description minutieuse de phénomènes marins, dont on ne sait s’ils sont tous avérés ni s’ils relèvent du scientifique ou du poétique. Peut-être plus du poétique que du scientifique, en fait. Quelques pages pour que la réalité s’y développe, enfle, gronde jusqu’à générer de bien curieuses images. (Offert par leur libraire aux lecteurs du premier tirage du Mal de mer.) P.O.L. Editeur Bref séjour chez les vivants, 2001 Avec son quatrième roman, Bref séjour chez les vivants, Marie Darrieussecq explore des idées innovatrices concernant la possibilité du roman d'aujourd'hui. Elle crée un monde dans lequel le lecteur doit participer pour vraiment comprendre, peut-être en le lisant plus d'une fois. Les personnages principaux de Bref séjour chez les vivants sont une femme et ses trois filles, mais il n'y a pas de dialogue dans ce roman, il s'agit d'un monologue intérieur. Ce monologue reste très fluide, il utilise plusieurs langues, principalement le français, mais aussi l'anglais et l'espagnol, des chansons, et des idiomes de la petite enfance, entre autres. Mais pourquoi ce titre surnaturel? Dans ce roman, il y a un fantôme, comme dans la plupart des oeuvres de Darrieussecq. Ici c'est le fantôme d'un garçon, le petit frère de la famille, qui s'est noyé à l'âge de trois ans. Les grands thèmes de Bref séjour chez les vivants sont le fonctionnement de l'intelligence et de la mémoire, la subjectivité de la perception des événements, les phénomènes qui concernent l'existence d'un sixième sens, et les relations qui font une famille. Sans doute un roman contemporain, Darrieussecq a écrit Bref séjour chez les vivants avec difficulté et rigueur, et elle a réussi. Sarah Feeley Le Bébé, 2002 Qu'est-ce qu'un bébé? Pourquoi si peu de bébés dans la littérature? Que faire des discours qui les entourent? Pourquoi dit-on "bébé" et pas "le bébé"? Qu'est-ce qu'une mère? Et pourquoi les femmes plutôt que les hommes? P.O.L. Editeur ![]() Le Bébé a été écrit en 2002 par Marie Darrieussecq. Le Bébé traite des changements dans la vie de la mère, après la naissance de son bébé. Au commencement, la mère ne pensait pas beaucoup aimer les bébés. Mais, après la naissance de son bébé, la narratrice voit grandir son amour maternel.Elle décrit ses nouvelles émotions et ses expériences en détail. Le livre se concentre sur la naissance, la petite enfance, et tous les changements, les excitations et les peurs qui accompagnent cette partie de la vie. Le style d’écriture est très personnel, autobiographique, avec une véritable attention pour le temps qui passe. Les pensées sont aléatoires, et il n’y a pas de vrai structure, d'intrigue.Les événements sont contés dans le désordre, ce qui renforce le côté réaliste de la vie quotidienne.Il y a beaucoup d’émotions dans ce livre: l’amour, l’obsession et le stress.Après avoir fait connaissance et après avoir compris son bébé, la mère en fait une obsession.Il occupe sa vie et toutes ses pensées.On présente l'idée sarcastique d’une société où les parents sont trop impliqués dans les vies de leurs enfants.Le livre est très facile à lire et donne une perspective intéressante de l'esprit d’une mère.C’est à la fois créatif, sarcastique et détaillé. Kerry Sweeney ![]() White, 2003 Visionnez la vidéolecture de White par Marie Darrieussecq
Ce roman de Marie Darrieussecq est un livre scientifique dont l’action
se passe en Antarctique dans le futur. C’est un livre à la fois
intéressant et compliqué. Le plus grand thème est
l’isolation, du monde et d’individu. On voit l’isolation des pays
d’origine des protagonistes, la
langue et le lieu, le pôle sud. L’amour joue également un
rôle
très important. L’intrigue amoureuse se développe autour
des
deux personnages principaux, Edmée et Peter. Il s’agit d’une
relation
qui doit rester secrète à cause du travail et de
certaines
obligations familiales, parfois cachées. Tous les personnages
sont
complexes et très développés. Darrieussecq utilise
beaucoup
de descriptions et détails du pôle sud et aussi des
personnages.
D’autres thèmes importants dans ce roman sont le vide, la
perdition
et l’emprisonnement. La couleur blanche est une constante dans toutes
les
descriptions de l’environment. Le blanc est aussi un symbole
d’isolation. Darrieussecq utilise son imagination créatrice pour
écrire ce
roman. Elle oblige les lecteurs à s’interroger sur le monde qui
les
entoure et sur eux-mêmes. Ce roman exprime des idées
tellement fortes que les lecteurs doivent se résoudre à
analyser leurs propres conclusions. ![]() Ce n'était pas son premier amour, et
c'était loin d'être son premier livre. Marie Rivière, personnage principal de ce roman, est un écrivain qui vient de quitter Paris et de rentrer au pays natal avec son mari et enfant de 2 ans. Ce déménagement au pays où elle passait son enfance et adolescence, et où son père et mère résident toujours, arrive en même temps qu’elle découvre qu’elle est enceinte. Ce pays et ses sentiments excités par le retour, lui donnent le sujet d’un roman qu’elle commence à écrire. En train de créer un roman en même temps qu’elle est en train de créer un enfant lui fournit un autre sujet, qui est le processus littéraire et comment ce processus ressemble et diffère de la création biologique. Avec très peu de dialogues, une intrigue très mince, la prose assez épaisse, et le changement constant de point de vue, ce livre, plutôt journal intime que roman, n’est pas une histoire ordinaire. La plus grande partie de ce qui s’y passe, se déroule dans l’esprit de l’écrivain, et l’écrivain nous invite à partager ce monde riche de ses pensées, de ses sentiments, des faits qu’elle trouve intéressants, et de ses observations sur la vie qu’elle mène.La citation de Le Pays
ci-dessus a
été choisie pour deux raisons. D’abord,
la combinaison amour/littérature (et par extension amour de la
littérature)
dans le même souffle (ou pensée). Et
puis, son ton simple, presque quotidien, fait penser que c’est le
destin
de l’auteur de mener cette vie et de faire ce métier. Etre
mère, amoureuse, écrivain,
il n’y a pas d’autre choix. Bruce Fickett ![]() Voici dix ans que son fils est mort, il avait quatre ans et demi. Pour la première fois depuis ce jour quelques moments passent sans qu'elle pense à lui. Alors, pour empêcher l'oubli, ou pour l'accomplir, aussi bien, elle essaie d'écrire l'histoire de Tom, l'histoire de la mort de Tom, elle essaie de s'y retrouver. Tom qui est devenu mort, Tom à qui on ne pense plus qu'en sachant qu'il est mort. Elle raconte les premières heures, les premiers jours, et les heures et les jours d'avant pareillement, comme s'il fallait tout se remémorer, elle fouille sans relâche, elle veut décrire le plus précisément et le plus profondément possible, pas tant les circonstances de la mort de Tom que ce qui a précédé, que ce qui s'en est suivi, la souffrance, le passage par la folie, et le fantôme de son enfant. Le plus concrètement aussi parce que, c'est sûr, la vérité gît dans les détails. C'est la raison pour laquelle ce texte qui devrait être insoutenable et qui va si loin dans l'interrogation de la douleur est si convaincant, si P.O.L. EditeurNOUVELLES
Zoo, 2006
Un
recueil de 15 nouvelles La fiction
dépasse toujours la réalité, quoi qu'on en dise,
et en rend mieux compte que les témoignages. - Connaissances des singes On promène dans ce jardin
zoologique avec
les yeux au lieu des jambes. Les cages
sont les nouvelles et dans chacune se trouve une bête bien
étrange, humaine ou
non, qu’on analyse à travers les barres, et qui, de temps en
temps, nous
analyse à son tour. Il y a, par exemple, un singe dans
Connaissance des singes
mêlé à la vie de trois générations de
femmes, un singe un peu malade, qui parle français et habite la
maison de la grand-mère d'une façon bizarre.
Ensuite il devient plus
sain, cesse de parler, et quitte la maison. La
grand-mère, la mère et la fille ont,
elles aussi, une relation un peu
« malade ». Peuvent-elles
suivre l’exemple du singe ? Bien
sûr, ce jardin zoologique est peuplé par des
créatures étranges. Il y a, par exemple, dans On
ne se brode pas tous
les jours les jambes, des femmes qui, au lieu d’avoir leurs
règles, ont leurs
« mues. » C’est
vrai :
chaque 28 jours la peau se mue…et si on se mue quand on a brodé
les jambes pour
être belle au mariage de sa sœur – alors, c’est un peu
inquiétant. Mais les hommes la
trouvent irrésistible ! Et
l’étrange psychologie de Juergen, gendre
idéal, où une femme, tourmentée par son manque
de progrès dans son art de
photographie, regarde de plus en plus
profondément, littéralement, en elle-même pour
trouver un moyen de voir les
autres, ses sujets, plus clairement. En
même temps, elle croit, peut-être avec raison, que Juergen,
son mari, et dans
un sens son père, qui n’a ni profession ni art, peut voir toutes
les choses qui
sont cachées en elle. Oui, la fiction
dépasse toujours la réalité, mais
quelle nouvelle réalité en est ici le
résultat! Ces nouvelles sont spendidement insolites. Bruce
Fickett
ARTICLES
"C'est l'histoire
d'une femme... Ségolène Royal vue par Marie
Darrieussecq". Elle 10
décembre 2007: 133-36.
*** Cet article est paru dans la page « rebonds » de Libération, le 10 avril 2006. Je l’ai écrit avec la généreuse collaboration de plusieurs amies en colère, notamment Annette Messager, Anne Ferrer, Virginie Despentes, Beatriz Preciado, Celia Houdart et Nelly Charles, et le précieux apport théorique d’Anne Simon et Christine Detrez, dont le livre A leur corps défendant, sur les femmes et l’art, paraîtra en juin au Seuil. ….. Venue
de la littérature, je
découvre le monde
de l’art, et j’y apprends beaucoup de choses. Par exemple, que les
femmes ne
peuvent pas vraiment bâtir d’œuvre. C’est écrit dans le
catalogue consacré
au peintre Jean-Marc Bustamante (collection la création
contemporaine, édition Flammarion, 2005). Christine
Macel, qui l’interroge avec Xavier
Veilhan, lui demande pourquoi les femmes « ne
tiennent pas la distance », pourquoi si peu « dépassent les dix ans ». « Vous (Bustamante, Veilhan, ou Thomas
Hirschhorn) vous produisez beaucoup, vous
expérimentez dans des dimensions différentes, il y a une
sorte de flux. Je me
demandais récemment pourquoi ce n’était pas le cas chez
les femmes. » Et
je pense à
Louise Bourgeois, Annette Messager,
Gina Pane (ce
mot de « flux »), Rebecca Horn ou Jenny Holzer,
qui ont encore en
effet toutes leurs preuves à faire. On
doit à Christine Macel la décisive exposition
« Dyonisiac », que j’ai vue début 2005 au
Centre Pompidou. Exposition
consacrée à des artistes prometteurs, et très
instructive : face à la
liste des noms, quatorze prénoms masculins, j’en avais conclu
qu’il n’y avait
aucune artiste prometteuse dans le monde aujourd’hui… Bustamante
renchérit (il faudrait tout citer de son
texte inspiré, où l’on retrouve le souffle
dix-neuviémiste et grandiose d’un Michelet
ou d’un Renan) : « Oui,
l’homme a besoin de conquérir
des territoires, la femme trouve son territoire et elle y reste… Les
femmes cherchent un homme,
un homme veut toutes les femmes. La femme, dès qu’elle a
trouvé son territoire,
elle y reste… Les hommes sont toujours dans la recherche de territoires
vierges.» Selon
un préjugé qui remonte aux premières
ébauches d’anthropologie, la femme est faite pour l’espace
privé (le foyer, le
« personnel » que citera
plus loin Veilhan) : en bref, l’intériorité vaginale
et utérine. Comme si
la forme des organes sexuels pouvait fonder une pensée. Une
préhistorienne
comme Claudine Cohen montre qu’il y a une fiction scientifique totale
à penser
que Mr Cromagnon chassait le mammouth pendant que Mme Cromagnon
l’attendait
dans la grotte... Tous deux étaient, au mieux et au quotidien,
grands chasseurs
de féroces belettes. Il est vrai que dès qu’une femme pénètre sur le soi-disant terrain des hommes, elle se fait traiter de « femme phallique » : c’est le terme de Macel pour décrire Louise Bourgeois. Par un sursaut de pensée historicisante, elle tente ensuite d’excuser ces pauvres femelles attardées : « Les femmes n’ont pu s’exprimer en tant qu’artistes que très récemment, à partir des années 70, avant il en existait peu. » Sonia Delaunay, Maya Deren, Lili Brick, Germaine Richier, Barbara Hepworth… la liste pourrait être longue de celles qui étaient artistes avant les années 70. Certes une femme qui crée doit reprendre des outils ou une langue déjà formatés par un monde d’hommes, ce qui peut ajouter à la confusion de ceux dont la pensée est déjà confuse. Les dominés doivent en effet passer par le champ du dominant pour s’en extraire. Une alternative historique a été de réinventer les outils et symboles traditionnellement féminins, ce qui explique pourquoi les années soixante-dix ont effectivement vu tant de tricots, de draps et de maisons, de sang cyclique et d’humeurs féminines, mis en scène dans l’art. Sans rien enlever à leur formidable relecture des corps et des stéréotypes, Orlan, Bourgeois, Messager… ont toutes évolué ensuite dans leurs explorations. Pourtant
Bustamante leur conteste toute capacité à la
mobilité. Je
continue à lire, de plus en plus étonnée,
apprenant par exemple que
Nan Golding n’a « plus vraiment
bougé » une fois qu’elle a eu trouvé sa
ligne. Mais c’est dans les
généralités que Bustamante atteint sa vraie
dimension épique : « Les hommes
prennent des risques beaucoup
plus grands, comme d’être détesté, d’être
dans la polémique, d’être longtemps
dans des champs difficiles. » Mais
peut-être que Bustamante a raison. A la
façon stupide de Monsieur Homais : un discours insultant mais
commode,
immémorialement conventionnel. C’est tellement rassurant, que la
femme reste à
la maison ! Avec en plus (aujourd’hui les femmes travaillent) ce
grand
frisson à peu de frais, d’avoir l’impression de dire des choses
interdites… Aux
hommes, donc, les choses difficiles ! Si la femme est faite pour
le proche
et le facile, c’est sans doute parce que son bébé la
tète ? Et ce doit
être parce qu’elles sont frileuses que les femmes artistes
« tricotent »
tant, et parce qu’elles sont bornées qu’elles ne cherchent pas
à conquérir des
« territoires vierges ». Il est vrai qu’on trouve
encore des gens
pour exclure Orlan du champ de l’art, ou Pipilotti Rist, ou Sarah
Lucas… ou
pour dire qu’elle ne prennent aucun risque, surtout pas celui
d’être détestées…
Mais cette notion de risque artistique qu’emploie Bustamante, je la
connais
bien : elle aussi date un peu, au moins soixante-dix ans, depuis
la virile
« corne de taureau » de Leiris. Les
femmes artistes seraient donc un peu
popottes. Elles se « retranchent
dans la case sociale où l’on veut bien les voir
(Veilhan) ». Mais si
on inclut dans la notion d’artiste la musique ou les lettres, alors en
effet,
une Duras ou une Jelinek ont toujours eu peur de la polémique,
une Björk a
toujours creusé le même sillon, et Simone Weil
était connue pour son côté plan
plan. Ce serait donc en art et strictement en art que les femmes ne
sont bonnes
qu’à produire des œuvres au crochet ? Il est vrai qu’il y a
les lois du
marché… Les galeries, qui les exposent peu… Et certaines femmes
elles-mêmes
qui, dès qu’elles ont un petit bout de pouvoir, comme Christine
Macel,
intègrent magnifiquement les préjugés sur leur
sexe. Que
les hommes et les femmes produisent des
œuvres différentes me semble une idée riche,
intéressante, plus que le prétendu
« neutre » souvent mis pour le mot
« masculin ». Mais comme
par hasard, cette différence est généralement
utilisée pour minimiser les
œuvres des femmes. Heureusement j’écris, je ne suis pas
« artiste »,
sinon j’oserais penser que j’ai un cerveau, dont la forme n’est pas
forcément
celle d’une cavité utérine. |
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